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23 millions d’électeurs et près de 12 000 candidats pour 462 sièges à l’APN : La participation, enjeu des législatives de 2017

C’est aujourd’hui que les Algériens vont élire leurs députés pour les représenter à l’Assemblée populaire nationale.

Beaucoup d’observateurs avertis estiment que ce scrutin devrait confirmer une fois de plus, l’hégémonie des deux partis puissants au pouvoir le FLN, qui, hormis l’intermède FIS, règne sans partage sur la vie politique du pays depuis 1962, puis le RND, hyper-visible depuis sa création en 1997, et donnera une place plus appréciable aux islamistes d’obédience « ikhwan » menés par le MSP, et qui se sont ligués en bloc monolithique. Le FLN et son « frère-ennemi », le RND, devraient conserver leur majorité face aux partis islamistes, comme lors des dernières élections. En 2012, le FLN arrivait en tête avec 221 sièges, suivis du RND avec 70 sièges, alors que le MSP entamait un recul net, justifiant, cette fois-ci, le recours au jeu d’alliances.

Le Président à la rescousse
Pour le moment, autant pour les autorités que pour les partis politiques eux-mêmes, l’enjeu est que les Algériens aillent voter ; de grandes débauches d’énergie ont été faites pour parer au spectre de l’abstention et du boycott. Dans un message lu en son nom samedi par la ministre Imène Houda Feraoun, le président Abdelaziz Bouteflika a appelé à une forte participation pour contribuer à la « stabilité du pays ». Lors de la campagne électorale, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a également mis en garde contre l’abstention. Et, face à la crise économique, il a exhorté les Algériens à « faire preuve de patience ». «Il n’y a plus d’argent », a-t-il concédé. Les autorités n’ont pas hésité à appeler à la rescousse les mosquées, où les imams ont lancé des appels à un vote «massif». Ainsi, ils seront quelque 23 millions d’électeurs appelés à choisir parmi 12 000 candidats en lice pour les 462 sièges de l’Assemblée nationale (chambre basse du Parlement) et qui seront élus pour un mandat de cinq ans.

Jeu serré entre le FFS et le RCD
Le RCD, après avoir boycotté la dernière élection est de retour. Il n’est plus question de laisser la voie libre au FFS et aux autres partis en région kabyle. On l’a déjà dit, le FFS cherche encore un ancrage hors Kabylie et se pose comme le champion des droits de l’homme. Sa présence dans des régions aussi éloignées de ses fiefs traditionnels renseigne sur sa volonté de ratisser large dans ce scrutin. Le RCD, grand absent des législatives de 2012, tentera au moins de demeurer hégémonique dans les régions de Tizi-Béjaia-Bouira, où il a fait une campagne réussie, et par ricochet tentera de faire barrage au FFS, son « frère-ennemi » dans la région.

Un islamiste peut en cacher un autre
Principale force d’opposition au sein de l’Assemblée nationale sortante avec 60 députés, les islamistes participent à ce scrutin avec deux coalitions rivales. S’il est une caractéristique dans ces législatives à haut risque, c’est la propension des islamistes à jouer en conglomérat compact. Grands perdants des deux dernières législatives, les partis islamistes, pourtant hégémoniques en question de nombre, puisqu’ils sont sept à activer légalement sur la scène politique. Les formations du courant islamiste sont en train de jouer serré, les uns s’appuyant sur les autres, sachant qu’un troisième échec sera le dernier avant longtemps. Ce jeudi 4 mai 2017, devient de ce fait, une étape majeure pour les islamistes, qui ne trouvent désormais devant eux que l’issue d’une participation massive et d’une victoire à l’arrachée pour exister politiquement et se positionner dans la perspective de présenter un de leurs candidats dans la présidentielle à venir. Mokri l’a dit clairement : « Nous serons présents dans le prochain gouvernement !». On a tendance à classer le parti « TAJ» dans la proximité du FLN et du RND, du fait de la proximité de son président Amar Ghoul avec le gouvernement et sa très longue présence dans les staffs ministériels depuis une quinzaine d’années. N’oublions pas que Ghoul est un pur jus MSP et un produit politique de feu Mahfoud Nahnah ; donc, il serait plus juste de le cocher dans la case « islamistes ».Seule formation politique islamiste à avoir présenté des listes dans les 52 circonscriptions électorales, TAJ ambitionne de remporter un nombre important de sièges.

Examen politique
C’est aujourd’hui donc que les électeurs auront à choisir lesquels des partis seront ou ne seront pas représentés dans la prochaine Assemblée nationale. Ces élections demeurent toujours un miroir de la tendance générale. Quand un parti est puissant, si ses bases militantes sont actives, si son image a séduit le petit peuple, les résultats le feront savoir. On peut chicaner sur des détails, des anomalies, mais il y aura toujours des choses qui remontent à la surface et renseignent sur les réalités du terrain. Dans une certaine mesure, ces élections sont un examen pour les partis. Le FLN et le RND, partis hégémoniques depuis trois échéances, veulent confirmer. Les partis islamistes, menés par le MSP, le plus structuré d’entre eux, chercheront à remonter les mauvais scores des dernières élections locales et législatives. Le PT, grâce à la débauche d’énergie d’une inépuisable Louisa Hanoune, veut confirmer son implantation forte parmi le petit peuple. Le FFS cherche encore un ancrage hors Kabylie et se pose comme le défenseur attitré des droits de l’homme. Le RCD, qui ne s’est pas présenté aux élections de 2012, tentera autant que faire se peut de demeurer hégémonique dans les régions de la Kabylie. Pour les autres partis, ce sera soit des bonnes surprises soit des déconvenues, car rien n’est maitrisé pour eux. Mais il y a toujours à racler le fond de la marmite et à ramasser les « miettes ». Même les candidats indépendants espèrent obtenir des scores plus heureux que les partis. On l’a vu lors des dernières législatives, les indépendants ont pu obtenir une vingtaine de sièges, c’est-à-dire mieux que beaucoup de partis, se classant pratiquement dans des proportions non négligeables à l’APN.

Statuquo, stabilité ou stagnation ?
Nous l’avions déjà dit, selon toutes les probabilités, le statuquo sera maintenu, avec un FLN hyper-hégémonique, le RND en outsider, puis les islamistes charriés par le MSP. La logique des grades sera respectée et on ne s’attend pas à un chambardement notable, la campagne, qui a été sans reliefs, a donné un avant-gout de ce que sera la future Assemblée entrante. A un moment où le pays est confronté à une grave récession financière, due au tarissement des rentrées en devises, et où les périls multiformes pointent de tous les côtés des frontières, il est de l’ordre de la logique que l’état algérien cherche avant tout la stabilité des institutions et de l’ordre politique et de la société toute entière. Mais il ne faut pas aussi que cela soit au détriment du renouvellement naturel du corps social. Si la stabilité du pays demeure tributaire d’une stabilité de ses institutions, il n’en est pas de même pour la vitalité de l’état, qui ne s’acquiert que par le changement du corps politique et social. On ne le répétera jamais trop, il y a fort à parier que l’examen des législatives du 4 mai éjectera beaucoup de partis hors de la sphère politique, avec ordre de ne plus s’afficher en public de sitôt. Il va de soi que de cet examen se formeront les options politiques de 2019. D’où toute l’importance de suivre ce scrutin dans ses moindres détails…
Fayçal Oukaci