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16 milliards de dollars pour contracarrer le jeu de stratégies : Le coût de la sécurité nationale

Le périple du ministre algérien des Affaires maghrébines, Abdelkader Messahel en Libye (séjour hautement périlleux avec des déplacements dans des zones incontrôlées par le gouvernement), le quadrillage des zones frontalières avec le Niger, les patrouilles quasi quotidiennes, appuyées de survols, des régions limitrophes avec nos voisins de l’est et du sud, ne sont que la face visible de la débauche d’énergie consentie pour faire pièce à des dangers multiformes qui se profilent de tous les horizons.

Quand le Premier ministre Abdelmalek Sellal affirmait, il y a trois jours, que « l’Algérie faisait face à des problèmes sécuritaires tout en étant la cible de convoitises d’autres pays », il évitait d’entrer dans le détail qui aurait piqué voisins et alliés. Pour contrer ce plan de nuisance préparé de longue date, l’armée ne cesse d’exiger un budget de plus en plus consistant d’année en année. De 13 milliards de dollars actuellement, les dépenses militaires de l’Algérie passeront à 16 milliards de dollars à l’horizon 2019-2020. Pour une armée opérationnelle, équipée et mise à jour, avec des ennemis diffus et disséminés au-delà des frontières avec le Mali, le Niger, la Libye et la Tunisie, maitriser son sujet dans les zones opérationnelles n’est pas une villégiature. Avec une superficie de 2 381 741 km2 à protéger, représentant le plus vaste pays d’Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen et dont les frontières, de tous les côtés où l’on se situe, sont menacées par des périls multiformes, l’Algérie a du souci sécuritaire à se faire. Comme si cela ne suffisait pas, ajoutez à cela que l’Algérie partage au total plus de 6 385 km de frontières terrestres, avec la Tunisie au nord-est, la Libye à l’est, le Niger et le Mali au sud, la Mauritanie et le Sahara occidental au sud-ouest, et enfin le Maroc à l’ouest. Si l’on rajoute les 1600 km du littoral maritime cela fera beaucoup très certainement. Si la poussée terroriste reste la face visible de ces périls, il y a aussi à percevoir dans le chaos qui caractérise le contexte géopolitique régional et international, le jeu de stratégie des puissances est un autre péril à prendre en ligne de compte. Il ne fait plus de doute, si l’on recoupe jour après jour, toutes les données du terrain, que le jeu de stratégies veut un changement radical dans le Machrek comme dans le Maghreb. Pour le moment, la carte de ce changement s’appelle l’État islamique, communément appelé «Daesh». Si au Machrek, les jeux sont pratiquement faits, avec une Syrie qui ne sera jamais plus la Syrie, un Irak en phase de démembrement avancé, une Egypte livrée au temps et au duopôle armée-islamistes et des pays du Golfe en parfaite harmonie avec les plans de sous-sol, dans le Maghreb, les choses sont plus diffuses, plus difficiles à se dessiner. Toutefois, la théorie des dominos trouve dans la triple région maghrébo-saharo-sahélienne, son plein écho. L’effondrement de la Libye a été le prélude à l’embrasement de la région et a donné le feu vert pour la chute de Bamako. L’Algérie le sait. La Tunisie, le Mali, la Mauritanie et le Niger ne tiennent qu’à un fil très mince. Le basculement de la Libye dans la guerre civile et le chaos, déjà très avancé, risque, avec un déversement accru des éléments armés disséminés le long du Fezzan, aux fins de désarticuler l’Algérie, et avec, tous les pays de la région. L’achat d’équipement militaire, de logistique de guerre, de surveillance, de contrôle et de renseignement, tout cela exige un puits d’argent intarissable. Non seulement l’argent est le nerf de la guerre, mais aussi et surtout, le renseignement militaire est devenu un produit, qu’on récolte, qu’on exploite, mais qu’on achète surtout. La mondialisation a mené à une marchandisation des produits, des concepts et des hommes. On achète une idée, une information, comme on achète un gadget ou un bibelot. Les temps évoluent vers une mise en vente des informations et des détenteurs de l’information. C’est une nouvelle guerre qui est menée actuellement, une guerre intelligente, commandée avec des
« armes silencieuses pour guerre tranquille ». Dans l’esprit des stratégies de puissances, la préservation des sources d’approvisionnement énergétiques et les voies d’accès à ces sources énergétiques sont un dogme militaire. L’Algérie est une source d’énergie, autant pétrolière et gazière que solaire. De ce fait, il est de l’ordre de la logique qu’elle soit constamment dans le viseur des stratégies de puissances.
F. O.